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L’or en Guyane

Située au Nord-Est du craton Guyanais, vieux d’environ 2 Ga, la Guyane française est depuis près d’un siècle et demi un lieu d’extraction aurifère. L’exploitation s’est longtemps concentrée sur les placers alluviaux les plus riches puis les progrès techniques et les fluctuations du cours de l’or ont permis de s’intéresser aux gisements éluvionnaires et enfin l’avancé des connaissances géologiques de la région permet aujourd’hui de se tourner vers les gisements primaires.

C’est au début du siècle que la production d’or a été la plus importante en Guyane française et aujourd’hui l’exploitation des gîtes superficiels, enfin mécanisée, doit se rabattre sur des placers alluviaux, dont le plus gros de l’or a déjà été extrait, ou sur les éluvions, peu travaillés par les anciens.

Mais parallèlement, sous l’impulsion du BRGM et de son Inventaire Minier de la Guyane le pays est devenu depuis peu l’une des régions les plus prometteuses pour l’exploration aurifère, comme d’ailleurs le reste du bouclier Guyanais. Ainsi les compagnies minières nord-américaines affluent vers la Guyane en vue de prospecter les indices d’or primaires qui n’ont encore jamais fait l’objet d’une exploitation à grande échelle.

Cet élan a d’ailleurs pu se concrétiser au Guyana où la mine d’Omaï, dont l’exploitation a débuté en 1993, constitue, avec des réserves de 4.2 millions d’onces (environ 126 t.), l’une des plus importante mine d’or d’Amérique du Sud.

En ce qui concerne la Guyane la production annuelle, en très grande partie issue des gisements alluvionnaires et éluvionnaires, mais qui depuis quelques années est en progression constante, est d’environ 3 tonnes. Compte tenu de sa faible population la Guyane est ainsi le plus important producteur d’or par habitant au monde. Le cumul historique de l’or extrait s’élève aujourd’hui à environ 170 tonnes.

Géologie

Le craton guyanais s’étend sur plus de 1 500 000 km² du Nord-Est du Brésil à la pointe orientale de la Colombie en passant par la Guyane, le Surinam, le Guyana et le Sud-Est du Venezuela. Il est identique en nature et en âge au craton Ouest-Africain auquel il était rattaché avant l’ouverture de l’Atlantique.

En Guyane française il est composé de roches volcano-sédimentaires du Paléoprotérozoïque qui ont été métamorphisées dans les faciès des schistes verts ou des amphibolites durant l’orogenèse Trans-Amazonienne il y a environ 2 Ga (milliards d’années). Cette orogenèse a vu également la mise en place des intrusions granitiques ainsi que le dépôt de roches détritiques résultant du démantèlement des nouveaux reliefs.

Les ceintures de roches vertes s’organisent en deux bandes parallèles globalement orientées Est-Ouest et séparées par un massif central granitique. Les principales unités constituant ces ceintures sont:

- Le Paramaca inférieur, volcano-sédimentaire, composé de métavolcanites acides et basiques et de métapyroclastites (cendres, tufs, ponces et ignimbrites) ainsi que de quelques intercalations sédimentaires.

- Le Paramaca supérieur, formation flyshoïde, constitué de grès fins, grauwackes, siltites noires et pélites.

- L’Ensemble Détritique Supérieur composé d’une alternance de faciès gréseux ou quartzitiques et de faciès conglomératiques. Ces dépôts discordants jalonnent le Sillon Nord Guyanais constitué de bassins allongés de type pull-apart issus d’un contexte décrochant sénestre.

L’essentiel du territoire est cependant constitué de roches magmatiques. Les ceintures de roches vertes sont recoupées par des intrusions de deux types:

- Les intrusions de gabbros et diorites mises en place antérieurement à la phase érosive du Sillon Nord Guyanais.

- Les intrusions de granite et granitoïdes guyanais et caraïbes, constituées de granites d’anatexie.

Un peu de métallogénie: les minéralisations aurifères…

D’un point de vue metallogénique l’or a une certaine affinité avec le volcanisme. Cette affinité se manifeste notamment au sein des ceintures de roches vertes de l’Archéen et du Protérozoïque dans les boucliers anciens. Ces ceintures sont des formations volcano-sédimentaires dans lesquelles on peut rencontrer des amas sulfurés aurifères ou des gisements détritiques. Dans ces formations l’or peut également se reconcentrer au niveau de zones de cisaillement ou shear-zones. Les gisements économiques sont la plupart du temps polyphasés. La production d’or provenant de gisements liés aux ceintures de roches vertes représente plus de 20 % de la production mondiale (le reste étant issu en grande partie des gisements alluvionnaires et du paléoplacer géant que constitue le Witwatersrand en Afrique du Sud). De célèbres mines à travers le monde entrent dans la catégorie de ces gisements: la Mother Lode en Californie; le district de Kalgoorlie en Australie; Ashanti au Ghana…

…en Guyane Française

Comme l’on peut le constater sur la carte géologique de la Guyane l’essentiel des indices aurifères se localise au contact Paramaca – Ensemble Détritique Supérieur ou bien au contact Paramaca – intrusions granitiques.

J.P. Milési et al. (1995) ont distingué trois types de minéralisation dans les gîtes primaires de Guyane:

- Les minéralisations précoces liées aux strates de type « tourmalinite-hosted » dans les formations du Paramaca et dont le gîte de Dorlin est le meilleur exemple.

- Les minéralisations discordantes sous forme de filons ou stockworks encaissés dans l’ensemble des ceintures vertes.

- Les conglomérats aurifères de l’Ensemble Détritique Supérieur du Sillon Nord Guyanais issus en partie de l’érosion des minéralisations filoniennes et qui sont comparables aux gisements des conglomérats et grés fluvio-deltaïques du Tarkwaïen sur le Craton Ouest Africain.

Historique

Dés le XVIIème siècle les premières expéditions vers les Guyanes ont été motivées par la découverte d’un mythique El Dorado. Il faudra cependant attendre le milieu du XIXème siècle et les ruées vers l’or, qui commencent en Californie puis se propagent en Australie, en Afrique du Sud et au Brésil, pour que l’or soit enfin découvert en Guyane.

Il est signalé pour la première fois en 1855 par Paoline, orpailleur brésilien, dans la crique Aïcoupaïe dans le bassin de l’Approuague. Cet événement provoque rapidement une ruée vers l’intérieur des terres où les premiers aventuriers recherchent l’or à la simple batée et l’exploitent à l’aide du long-tom puis du véritable sluice arrivé de Californie.

La première société à s’intéresser à l’or de Guyane se constitue en 1855, il s’agit de la Société de l’Approuague. Elle obtient une concession de 200 000 ha sur laquelle elle exploite les placers les plus riches. Dès le début les résultats sont inespérés malgré l’inexpérience des premiers exploitants. Cependant cette société a également une activité agricole qui contrairement à l’extraction aurifère est non rentable, ceci entraîne rapidement sa ruine.

Mais cet échec relatif n’entame en rien la motivation des premiers prospecteurs et les recherches dans les autres cours d’eau de Guyane permettent par la suite la découverte des placers du Comté, du Sinnamary (Saint Elie et Adieu Vat en 1873), de la Mana (Elysée en 1878) et du Maroni. C’est alors l’époque des rushes: chaque nouvelle découverte draine vers l’intérieur des milliers de prospecteurs qui se concentrent souvent sur des placers de surface très réduite. Ainsi Levat (1898) rapporte l’histoire du rush du Carsewème, sur la frontière Est alors contestée avec le Brésil : les 2 premiers prospecteurs rapportèrent à Cayenne, de leur séjour de 2 mois sur place, 140 et 160 kg d’or. Les hommes affluèrent alors de toute la Guyane ainsi que des Antilles et vers la fin 1894 ils étaient plus de 6000 à travailler sur les placers du secteur.

C’est entre 1860 et 1904, période des Grands Placers, que la production est la plus importante en atteignant près de 5 t en 1894. De plus le début du siècle est marqué par la découverte des riches gisements de la Haute-Mana et du bassin de l’Inini. Mais commence également à cette époque le maraudage, oeuvre de brigands qui, par de nombreux vols et agressions, mettent en danger la sécurité des ouvriers dans les chantiers. Les permis sont de moins en moins respectés et les vrais chantiers sont peu à peu abandonnés. Les orpailleurs font place à des bricoleurs ou des maraudeurs qui exploitent à leur propre compte des placers avec anarchie, se contentant de l’or grossier.

Malgré l’introduction de nouvelles techniques, comme ce fut le cas à Saint Elie, avec l’utilisation du monitoring, de concasseurs et de dragues à godets la production d’or chute inéluctablement à l’approche de la seconde guerre. Le manque de main d’œuvre, les conditions de travail difficiles du fait de la précarité des infrastructures et surtout la frilosité des investisseurs ont nui au développement d’une industrie aurifère solide en Guyane durant la première moitié du XXème siècle.

C’est seulement dans les années 50 que les placers commencent à être exploités de manière plus industrielle avec l’utilisation de draglines et bulldozers. Les méthodes de récupération sont également perfectionnées grâce aux débourbeurs, trommels et jigs qui viennent s’ajouter aux sluices dans les nouvelles laveries gravimétriques. De plus la hausse du cours de l’or s’amorce à la fin des années 70 et incite quelques investisseurs à s’intéresser à nouveau à la Guyane. Les vieux chantiers abandonnés tels que Paul Isnard ou Boulanger sont réactivés. Bien que recelant de l’or à des teneurs plus faible qu’auparavant ils se révèlent encore rentables grâce aux nouvelles techniques mécanisées qui permettent de traiter des volumes considérables.

La mine de Boulanger, située à proximité de la route Cayenne-Régina, est la première exploitation moderne. Entre l’exploitation des alluvions de 1954 à 1960, puis des éluvions de 1975 à 1979 elle a fournit en tout environ 2.53t d’or.

Entre 1957 et 1963 l’or filonien de Sophie (Haute-Mana), découvert une vingtaine d’années auparavant, fait l’objet d’une exploitation par la Société des Mines de Saint Elie. Environ 1680 kg d’or seront extraits à ciel ouvert.

Plus en aval dans le bassin de la Mana plusieurs sociétés vont se succéder de 1966 à 1996 pour exploiter mécaniquement le gisement alluvionnaire de Paul Isnard. Quelques kilomètres plus à l’Est des travaux sont entrepris sur les éluvions de Délice; entre 1978 et 1988 leur exploitation va fournir environ 1150 kg d’or.

Dés 1978 les premières dragues suceuses, originaires des Etats-Unis, font leur apparition sur les fleuves guyanais. Il s’agit de barges équipées d’un sluice sur lequel sont acheminés les graviers aspirés par une «pompe» type couple-jet qu’un plongeur promène dans le lit de la rivière. Ces installations se rencontrent principalement sur le Maroni, l’Oyapock et l’Approuague.

En 1985 est mis en exploitation le gisement de Changement, situé à proximité de Boulanger, duquel est extrait l’or de la zone oxydée par le procédé de lixiviation en tas (cyanuration) alors inédit en Guyane.

Pour plus de détails sur l’aventure aurifère en Guyane on pourra se référer aux deux excellents ouvrages historiques de Petot (1986 et 1993) agrémentés de nombreuses anecdotes.

Dorlin

Dans le bassin du Petit Inini, une des région les plus reculées de Guyane, se côtoient des travaux d’exploration sur les gisements primaires et des travaux artisanaux d’exploitation sur les gisements secondaires. D’un point de vue minéralogique le gisement primaire de Dorlin d’un type unique en Guyane se distingue par l’abondance de tourmaline aciculaire tandis que le gisement secondaire est particulièrement riche en pépites pouvant atteindre de grosses tailles.

Situation

Dorlin se situe à 185 km au S-W de Cayenne à proximité du Petit-Inini affluent de l’Inini, lui même affluent du Maroni au niveau de Maripasoula.

La région, très isolée, n’est accessible que par avion grâce à la petite piste d’atterrissage du camp Guyanor ou par pirogue depuis Saint-Laurent-du-Maroni et Maripasoula en saison des pluies. Elle comprend plusieurs sommets parmi les plus élevés de Guyane (Monts Belvédères à plus de 700 m) qui sont recouverts d’une forêt équatoriale de montagne. Le relief est relativement accidenté, entaillé par des talwegs encaissés laissant peu de place aux zones marécageuses, beaucoup plus fréquentes au Nord du département.

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Géologie


Le projet de Dorlin se situe sur le contact Nord-Sud entre les séries du Paramaca à l’Est et plusieurs batholites granitiques à l’Ouest.

Géomorphologiquement et particulièrement vus du ciel ces deux ensembles lithologiques se distinguent nettement l’un de l’autre: les roches vertes donnent un relief en crêtes continues et aiguës tandis que les granitoïdes se signalent par un relief en dômes de petite taille.

1- Les gisements primaires

Les indices aurifères primaires de la région de Dorlin peuvent être répartis en deux ensembles:

- une minéralisation hydrothermale stratiforme et synvolcanique présentant une zonalité, avec un coeur à silice-tourmaline-sulfures et une enveloppe externe à chlorite-sulfures. De direction N-S le coeur, désigné sous le terme de brèche à silice-tourmaline, a une extension d’au moins 5 km et une épaisseur moyenne de 75 mètres. Ce faciès minéralisé est localisé sur la Montagne Nivré, au sud du camp Guyanor, où se concentre l’essentiel des travaux modernes d’exploration. Très induré il a résisté à l’érosion et forme par endroits une crête rocheuse impressionnante, de plusieurs dizaines de mètres de haut, dominant la forêt.

Sur le plan tectonique le corps minéralisé a subi deux phases de déformation, la seconde étant à l’origine d’un méga-antiforme dont l’axe est confondu avec la crête de la montagne Nivré.

Sa teneur or est relativement faible mais le volume est important.

- une minéralisation probablement remobilisée et redéposée sous forme de stockworks de veines de quartz et de shear-zones dans les granitoïdes de l’Ouest du prospect.

2- Les gisements secondaires

Dans cette catégorie sont rassemblés les gisements de type éluviaux et alluviaux.

Les conditions climatiques de cette région équatoriale sont favorables à l’hydrolyse des silicates et ont contribué, sur des millions d’années, à la formation d’horizons d’altération.

Dans l’horizon latéritiques l’or s’est concentré à des teneurs bien supérieures à celles des roches dont il est issu. Ce fait est très important car il rend souvent exploitables des gisements qui sans ces conditions d’altération ne le seraient pas.

L’or alluvionnaire quant à lui est dispersé dans les « criques » (cours d’eau guyanais) drainant les terrains ayant des minéralisations primaires et des éluvions minéralisés. Il se trouve pour l’essentiel dans une couche de graviers à la teinte grisâtre due à l’abondance de tourmaline. Cette couche repose sur le bed-rock altéré en une glaise collante et est recouverte d’une couche de matériel argilo-sableux dont l’épaisseur atteint parfois plusieurs mètres. Lorsqu’elle était trop importante l’épaisseur de cette couche interdisait l’accès des graviers aux chantiers rudimentaires et a permis de sauvegarder le potentiel aurifère de certaines zones du placer.

Le volume des alluvions est assez faible dans les criques, trop étroites dans cette région montagneuse; les volumes les plus importants se situent à la confluence des criques où ils constituent de larges flats marécageux. A Dorlin la confluence de la crique D’Artagnan, drainant le flanc Ouest de la montagne Nivré, avec le Petit-Inini représente une zone particulièrement riche qui aujourd’hui encore est exploitée par les orpailleurs de manière artisanale.

Travaux d’orpaillage


Comme dans tout le bassin de l’Inini l’orpaillage est pratiqué de longue date à Dorlin. D’anciennes fouilles par tranchées dans les éluvions sont nombreuses aux abords du Petit-Inini et de la Crique Sept-Kilos. Mais la forêt semble vite reprendre ses droits sur ces petits travaux qui sont désormais envahis par une végétation luxuriante.

Les principaux chantiers d’orpaillage en activité autour de Dorlin se situent sur les criques tributaires du Petit-Inini avec d’amont en aval Crique Frère, d’Artagnan, Morange et Jadfar.

Aujourd’hui les orpailleurs doivent, pour travailler légalement, obtenir un permis de 1 km² délivré par la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement). Mais la forêt guyanaise est bien éloignée de la métropole et aujourd’hui encore de nombreux orpailleurs travaillent en toute illégalité, en dehors de leur permis ou tout simplement sans permis.

Les chantiers sont toujours très isolés et l’acheminement du matériel et du carburant pose souvent des problèmes logistiques. Il doit d’abord se faire au moyen de pirogues qui remontent la rivière jusqu’à ce que leur progression soit freinée par un niveau d’eau trop bas. Il faut ensuite faire appel à un hélicoptère qui effectue des rotations entre les pirogues et le chantier.

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L’exploitation des placers alluvionnaires s’opère dans des baranques: de larges fosses creusées à la pelle mécanique jusqu’au niveau de la couche à graviers. L’abattage des alluvions se fait ensuite au monitor, sorte de puissante lance à incendie, en attaquant la base du talus. La boue chargée d’alluvions est récupérée par des pompes à gravier aboutissant sur une caisse de débourbage à l’entrée des sluices. Ces derniers sont constitués de deux canaux en bois étagés assez courts pour leur largeur. Leur fond est garni d’une moquette en matière plastique recouverte d’une grille métallique de type tôle déployée. Lors du clean-up les moquettes sont lavées, les minéraux lourds concentrés à la batée, puis l’or récupéré par amalgamation. On peut noter avec optimisme que certains orpailleurs utilisent désormais des distillateurs à mercure permettant la récupération du métal qui depuis trop longtemps pollue les rivières guyanaises. Autre point positif: à la sortie des sluices l’eau boueuse aboutit généralement dans les vieilles baranques où elle peut se décanter, au moins en partie, avant de se déverser dans les criques.

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Cette méthode de récupération est cependant assez archaïque et le rendement ne semble pas optimal. En effet la prospection des déblais peut se solder par la découverte de pépites de plusieurs dizaines de gramme! En fait l’exploitation avec le genre de sluice utilisé ne tient pas compte de la particularité du gisement qui est relativement riche en pépites de grosse taille. Celles qui passent au travers de la caisse à pépites ne peuvent pas être récupérées par le sluice dépourvu de rifles et dont la moquette ne retient que l’or fin.

Malgré cela la production à Dorlin reste très importante pour une exploitation artisanale: fin 1997 la production mensuelle était d’environ 80 kg sur le chantier le plus riche. Il faut préciser que tant que le matériel est en état de marche le chantier travaille 24 heures sur 24, les équipes se relayant de jour comme de nuit. La majorité des chantiers d’orpaillage du bassin de l’Inini appartient à des Bonis (groupe ethnique du peuple des Noirs-Marrons) de Maripasoula qui emploient des ouvriers brésiliens dont la réputation d’excellents orpailleurs n’est plus à faire. Ceux ci, souvent clandestins, sont attirés en Guyane par des salaires bien plus élevés qu’au Brésil. Leur ardeur au travail est compréhensible puisque d’ordinaire le salaire qu’ils perçoivent dépend directement de la production. Cependant, malgré des outils modernes d’exploitation, les conditions de travail restent difficiles et le bilan sanitaire est parfois désastreux (cas de typhoïdes).

Une fois l’exploitation terminée les baranques doivent être rebouchées et recouvertes d’une couche d’argile, la végétation ne peut en effet recoloniser les chantiers envahis de graviers. Cependant cette règle est rarement respectée et lorsqu’elle l’est on peut se demander si cela est dicté par une préoccupation écologique ou si ce n’est pas plutôt pour empêcher la fouille par les petits orpailleurs de déblais encore très riches.

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Parallèlement les éluvions sont également travaillés par certains orpailleurs. Cependant ces dépôts ont le désavantage de se situer en hauteur par rapport aux gisements alluviaux et les orpailleurs doivent donc disposer de pompes puissantes pour acheminer l’eau jusqu’aux sites. De plus l’induration de la latérite par rapport aux alluvions meubles rend son abattage beaucoup plus difficile. Par conséquent ce genre d’exploitation ne concerne que des petits groupes qui concentrent leur travail sur les zones les plus riches. Seules les pépites sont récupérées, souvent avec l’aide du détecteur de métaux. Cet appareil est cependant le seul signe de modernité sur ces petits chantiers où le reste de l’outillage reste aussi rudimentaire qu’au siècle dernier.

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Minéralogie


Elle concerne les gisements primaires de la Montagne Nivré de type brèche à silice-tourmaline et veines de quartz ainsi que le gisement alluvionnaire de la Crique d’Artagnan, directement issu des gisements primaires.

Quartz SiO2

Dans la brèche, le plus souvent en grains millimétriques associés à la tourmaline. Egalement en filonnets millimétriques à décimétriques recoupant cette brèche. Il existe aussi des filons indépendants de la brèche à silice-tourmaline. Leur périphérie est souvent constituée de quartz saccharoïde tandis que le centre plus compact est parfois géodique. Ces géodes montrent des cristaux hyalins à laiteux, dépassant le centimètre, à prismes bien développés parfois groupés en peignes.

Tourmaline (Dravite / Schorlite)

Ce minéral apparaît sous des formes très variées:

En cristaux automorphes trapus de teinte noire, dépassant parfois le centimètre. Ils sont noyés dans les tufs ou la brèche à silice-tourmaline.

Dans la brèche à silice-tourmaline elle épigénise des éléments de roche volcanique. Elle se présente en amas plus ou moins arrondis à aiguilles rayonnantes de 2 à 3 cm de diamètre. Les amas les plus importants (quelques décimètres) sont souvent géodiques et la tourmaline constitue alors des groupes fibroradiés très fins et très fragiles. Les cristaux les plus épais sont noirâtres tandis que les plus fins sont gris-verdâtres. Certains affleurements de la brèche montrent de grosses masses d’une roche poreuse relativement légère qui, en fait, est entièrement constituée de fines aiguilles de tourmaline agglomérées.

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Calcite CaCO3

Assez rare, dans la brèche à silice-tourmaline, en filonnets géodiques montrant des rhomboèdres aplatis.

Pyrite FeS2

C’est le principal sulfure rencontré dans la région. Elle apparaît en cristaux millimétriques disséminés dans les tufs. Dans la brèche à silice-tourmaline elle se présente sous la forme de cristaux isolés, noyés dans la masse; en filonnets de quelques centimètres d’épaisseur parfois géodiques; et enfin dans les amas de tourmaline fibroradiés en agrégats de cristaux atteignant le cm. Les formes les plus répandues sont le pentagono-dodécaèdre et sa combinaison avec le cube.

Chalcopyrite CuFeS2

Elle est assez fréquente dans la brèche, sous forme de mouches millimétriques à centimétriques associées à la pyrite.

Cuivre gris (Cu,Fe)12(Sb,As)4S13

Assez rare, en cristaux gris fragiles noyés dans le quartz.

Or Au

Or primaire: Le principal corps minéralisé en or est la brèche à silice-tourmaline. Cependant l’or n’y est que très rarement visible à l’oeil nu. La plupart du temps il n’est discernable que sur sections polies au microscope metallographique, intimement associé à la pyrite et à la chalcopyrite. Quelques filons de quartz moins importants que la brèche à silice-tourmaline fournissent cependant des échantillons minéralisés en or millimétrique. Comme dans la brèche l’or y est associé à la pyrite. A l’affleurement celle-ci a subi l’altération et constitue des boxworks plus ou moins remplis de limonite. Souvent l’or se localise dans les microfissures de la pyrite. Sur les échantillons non-altérés on observe de minuscules veinules parcourant la pyrite dans des directions quelconques. Dans les cristaux totalement altérés il ne reste plus que l’or sous forme de fins feuillets enchevêtrés. Ces échantillons sont très fragiles car souvent les feuillets n’adhèrent qu’en quelques points à la gangue. Des micropépites de 1 à 2 mm ont également été trouvées dans certains cristaux partiellement altérés. D’autres cristaux sont recouverts d’une fine pellicule d’or qui s’est développée à l’interface entre la pyrite et le quartz formant parfois des dendrites. Enfin il existe de très rares cristaux d’or idiomorphes, millimétriques, aux arêtes arrondies.

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Or alluvionnaire: Une des particularités des gisements alluvionnaires de Dorlin est l’abondance de l’or sous forme de pépites. C’est d’ailleurs de cette région que provient une des plus grosses pépites de Guyane: son poids exceptionnel a donné son nom à la Crique « Sept-Kilos »! Aujourd’hui encore des pépites de taille tout à fait respectable, de quelques dizaines de grammes, sont découvertes régulièrement sur les chantiers (et leurs déblais) de la Crique d’Artagnan. Les plus grosses ont généralement une forme spongieuse, tandis que les plus petites sont aplaties. Elles contiennent fréquemment des inclusions de grains de quartz. Quelques unes montrent des formes cristallines cubiques aux arêtes plus ou moins émoussées. Exceptionnellement des blocs de quartz laiteux plus ou moins roulés sont minéralisés. Ils montrent des inclusions d’or d’une taille bien supérieure à celles observées sur les filons en place. Malheureusement les orpailleurs ne réalisent pas que du point de vue minéralogique l’or sur gangue a beaucoup plus de valeur que des pépites isolées. Ainsi j’ai pu observer avec dépit chez un orpailleur une superbe masse d’or spongieuse d’une dizaine de gramme qu’il avait dégagé de sa gangue de quartz à l’acide fluorhydrique.

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Les éluvions fournissent également quelques pépites bien qu’elles soient généralement de plus petite taille que celles des alluvions.

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Goethite a-Fe+3O(OH)

Cet oxyde provient de l’altération de la pyrite. Il est abondant dans la brèche où il forme de petites billes noires implantées sur les aiguilles de tourmaline qu’il recouvre parfois totalement. Des microbilles luisantes de goethite sont également associées à l’or dans les boxworks de pyrite.

Parallèlement ce minéral est très abondant dans la carapace latéritique sous forme de pisolithes, ou localement dans la cuirasse sous forme de croûtes mamelonnées et rubanées de plusieurs décimètres d’épaisseur.

Soufre S

Assez fréquent, dans la brèche, en petits cristaux jaune pale côtoyant des reliques squelettiques de cristaux de pyrite.

Chrysocolle (Cu, Al)2H2Si2O5(OH)4.n H2O

Assez rare, rencontré dans quelques carottes recoupant la zone oxydée du gisement, en fins enduits imprégnant la brèche à proximité de la chalcopyrite altérée.

Cérusite Pb CO3

Un cristal accompagné de billes de goethite a été observé dans les boxworks d’un filon de quartz aurifère.

Machairas (1963) a signalé également à Dorlin: pyrrhotite, arsénopyrite, blende et galène.

En savoir plus… 

L’accessibilité aux sites

Si vous souhaitez goûter à l’aventure aurifère guyanaise sachez d’ores et déjà que les travaux d’exploration, servis de la plupart du temps par leur isolement géographique, ne peuvent pas être visités.

Cependant certains sites intéressant sont accessibles par la route au Nord-Est du département. Il s’agit essentiellement de la région de Boulanger-Changement, à proximité de la N2 menant de Cayenne à Régina, et du filon Trésor sur la piste de Kaw.

La remontée en pirogue du Maroni, un grand classique du tourisme guyanais, peut être l’occasion de rencontrer des orpailleurs travaillant sur des dragues suceuses.

Il est également possible de visiter Saint-Elie, Maripasoula ou Saül, les trois principaux villages d’orpailleur de Guyane tous accessibles par les airs. De là les excursions vers les chantiers d’orpaillage plus reculés sont possibles mais elles ne s’improvisent pas et nécessitent souvent l’assistance d’un guide.

Remerciements

Au terme de cet article je tiens à remercier Jean-François Sauvage, D.G. de Guyanor Ressources qui a bien voulu autoriser la publication des informations relatives au gîte primaire de Dorlin. Je remercie également tous mes ex-collègues prospecteurs et géologues de Dorlin et notamment Daniel Boulay et Cyrille Chaussin pour leurs clichés.

Ma reconnaissance ira enfin à Robert Vernet pour sa collaboration photographique et au Professeur Francis Tollon de l’Université Paul Sabatier, Toulouse pour sa relecture.

(Extraits de l’article : La nouvelle ruée vers l’or en Guyane française, l’exemple du gîte de Dorlin, C. Gineste, Le Règne Minéral, Mars-Avril 1999, pp. 34-43)

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