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Namibia 2011: Province à uranium du Damara occidental

La découverte de l’uranium dans cette région remonte aux années 1920, mais il aura fallu attendre 1976 pour que l’exploitation débute à la mine de Rössing (exploitée de nos jours par Rio Tinto). Mine qui continue son bonhomme de chemin jusqu’en 2023 (et surement au delà)…

La Namibie était en 2008 avec 4,300 t d’U3O8 au quatrième rang mondial des producteurs d’uranium En 2006-2007 le pays a même connu un petit boom de l’exploration d’uranium. Une des plus importante découverte minière de la dernière décennie a été faite à ce moment là, à seulement 5 km au Sud de Rössing, caché sous les dunes de sable se trouvait un gisement qui semble encore plus important que Rössing. Mais la fièvre de l’exploration est vite retombée depuis Fukushima et la mise à l’arrêt de plusieurs centrales nucléaires en Europe et au Japon.

Deux grands types de gisements cohabitent dans cette province : les primaires de type intrusif qui sont liés à des alaskites ou le minéral porteur est l’uraninite, et les secondaires dans des calcrete (précipitation de carbonates superficiels dans les zones désertiques) à carnotite, en surface de paléochenaux.

Récemment ces gisements secondaires sont devenus les gisements à la mode, malgré leur faibles teneurs les volumes sont importants et proches de la surface. Le gisement de Langer Heinrich développé par la compagnie Paladin est un de ceux-là. La compagnie australienne a d’ailleurs été la première à transformer l’essai en entrant en production au bon moment. On ne peut pas en dire autant d’Areva. A la même époque la compagnie française était fière de devenir le premier producteur d’uranium au monde et voulait faire feu de tout bois… désormais elle traine son gisement namibien de Trekkopje comme un boulet car payé (beaucoup) trop cher via le rachat d’une junior canadienne.  Encore en phase de production expérimentale, malgré l’usine de dessalement et leurs bureaux flambant neuf à Swakopmund, pas certain que la production commerciale démarre comme prévu.

Ce sont des gisements de classe mondiale d’un point de vue économique, ok mais du point de vue minéralogique, ça donne quoi? Officiellement rien de très intéressant dans l’uraninite de Rössing, un peu d’uranophane par ci par là,  mais y a-t-il vraiment beaucoup de minéralogistes pour échantillonner? Il y a quand même au moins une exception, et de taille compte tenu de sa renommée mondiale, la boltwoodite dont les meilleurs cristaux proviennent de la zone de Goanikontes. C’est donc mon objectif.

Mais cela reste flou, la localisation précise m’échappe, je m’accroche donc au gros gisement primaire le plus proche de cette localité (Etango). Ça tombe bien car la zone est bien érodée et le gisement en bordure d’une intrusion granitique ressort très bien sur les images satellite. En théorie cela devrait être facile… en théorie.

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Le gisement se trouvant dans un parc national, l’accès à certaines pistes est réglementé, il faut donc obtenir un permis à Swakopmund. C’est la très bonne surprise au bureau du NWR pour le premier contact avec l’administration du pays : c’est carré, rapide, sans palabre ou graissage de patte… La somme à débourser est d’ailleurs symbolique.

Le précieux sésame sur le tableau de bord, direction Goanikontes. On est au cœur du désert du Namib, mais sans les dunes, le relief est mou, quasi monochrome, et bien plus pale que le Namib rouge des cartes postales. La zone a d’ailleurs servi de paysage à certains films de science fiction, c’est le ‘Moon Landscape’. Au Nord le paysage est soudainement déchiqueté par une rivière.

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A Goanikontes, les nouveaux propriétaires de la ferme-lodge ne savent pas ou se trouve la tranchée à boltwoodite. Donc je tente ma chance en remontant la rivière Swakop dans son lit à moitié asséché. Les ravines sont légions et se ressemblent toutes, les parois rocheuses sont lardées de divers intrusifs dont des dykes de dolérite noire.

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Je fais deux allers-retours de 4 km au fond de la vallée pour essayer de trouver la zone à alaskite puis j’entreprends la reconnaissance d’une ravine à pied, jusqu’à ce qu’un groupe de babouin se fasse entendre, le male dominant en particulier… Ils sont encore loin, mais le souvenir d’une morsure très douloureuse du petit modèle de ce genre de singe et le fait d’être seul me décident à remonter en voiture pour aller au plus près des affleurements. Au redémarrage je reste bloqué dans le sable (ça m’apprendra à me moquer de ceux qui ont abandonné leur voiture dans les sables de Sossuvlei…). Quelques pelletées de sable et deux trois branches bien placées plus tard je suis reparti. Mais l’accès à la ravine nécessite un petit franchissement et rebelote, à nouveau coincé… Cette fois pas de branchages à proximité et le soleil tape de plus en plus fort. Pour sortir, je me décide à dégonfler mes pneus au risque de crevaisons un peu plus loin dans la caillasse. Mais pas le choix, et heureusement ça marche, enfin ça roule…

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Aux premiers éboulis d’aspect anthropique je crois avoir trouvé le spot, mais ce sont juste des plateformes de sondages. Au moins le talweg était le bon, puisque je tombe sur un essaim de forages d’exploration et autres piézomètres. Je me gare juste devant le capuchon d’un forage pour partir prospecter les buttes environnantes à pied. Malgré mes recherches je reste bredouille, un petit béryl bleu verdâtre enchâssé dans du quartz massif, pas vraiment ma cible. Evidemment je repars sans me souvenir qu’il y a un piézo ‘garé’ juste devant mon véhicule. Bam… voiture stoppée net – le piézo lui n’a pas bougé… Me voyant bien bloqué là pour la nuit, je n’ose pas regarder l’état du bas de caisse… Brève frayeur : la tôle est déchirée mais aucun organe vital de la voiture n’est atteint.

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C’est reparti pour un tour, je commence à douter que la boltwoodite soit située sur le gisement même. Je passe donc le reste de la journée à sillonner d’autres talwegs sans beaucoup de succès. L’occasion de croiser quelques antilopes des montagnes et de faire la course avec une autruche (assez de bêtises avec la voiture aujourd’hui, je déclare vite forfait). Quand même, dans un talweg de la rive droite, un filon a été fouillé pour de la calcite, la gangue ressemble à celle de la boltwoodite, mais aucune trace de l’uranifère.

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Chou blanc pour la journée. Pourtant l’uranium n’est pas loin…

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Une chargeuse CAT de la mine Rössing croisée sur la route du retour.

Pourtant bien décidé à retourner prospecter le lendemain, je me ravise dans la soirée. Un contact en charge de l’exploration sur la Namib Lead Mine, vient de me donner son aval pour avoir accès au site pour lequel je n’aurai aucun problème de localisation…

A suivre…

(Source de la carte géologique  http://www.gsn.gov.na/pdf/uranium.pdf)

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