L’Eucalyptus au secours des prospecteurs

Pour trouver le Pot of Gold, mieux vaut forer au pied d'un eucalyptus qu'au pied de l'arc-en-ciel - Forage au Nord de Kalgoorlie, Nov. 2005

Pour trouver le Pot of Gold, mieux vaut forer au pied de certains Eucalyptus qu’au pied de l’arc-en-ciel – Forage au Nord de Kalgoorlie, Nov. 2005

La bioaccumulation de métaux dans les plantes est déjà connue depuis quelques temps. Un des exemples les plus impressionnants est le cas de Sebertia acuminata, un arbre endémique à la Nouvelle-Calédonie qui accumule le nickel à des teneurs de 25% (Jaffré, 1976), donnant une couleur vert-garniérite à sa sève. Ces caractéristiques sont intéressantes avec de belles perspectives pour la décontamination des sols (expérimentations de phytoextraction en cours sur les résidus miniers à Pb-Zn des Malines notamment), mais également en termes d’exploration minière.

La géochimie est un des outils essentiel de l’exploration minière. Cependant les anomalies géochimiques de surface les mieux exprimées et les plus simples à interpréter ont déjà été étudiées et ont abouti à la mise en exploitation de gisements d’or importants. Le rythme de découverte s’est néanmoins fortement ralenti durant la dernière décennie. La grande majorité des gisements sub-affleurants ont en effet déjà été identifiés ; restent de vastes zones où le regolith ou des sédiments masquent ou atténuent fortement le signal géochimique du bedrock sous-jacent. Dans ces zones le vivant permet malgré tout un certain transfert du signal géochimique depuis la roche mère vers la surface. En milieu tropical par exemple les termites remontent à travers la couche de latérite de la saprolite et la signature géochimique du bedrock qui lui est associée (technique d’exploration de l’or qui a fait ses preuves en Afrique de l’Ouest).

La revue Nature vient de publier un papier très intéressant détaillant les résultats d’une étude menée par une équipe du CSIRO sur la thématique de la biogéochimie de l’or.

L’équipe de Melvyn Lintern rappelle tout d’abord les limites actuelles de la prospection biogéochimique appliquée à l’or, notamment les seuils de détection qu’il faut atteindre (< 1 – 2 ppb) et les risques de contamination qui expliquent le scepticisme de l’industrie quant à l’application de ces méthodes novatrices mais encore balbutiantes. Les traces d’or décelées dans les végétaux par des études antérieures pouvaient en effet être liées à une contamination éolienne.

L’équipe du CSIRO a mené une étude détaillée sur le prospect d’or de Freddo situé au Nord de Kalgoorlie (Western-Australia). Ce petit gite de type supergène délimité par des sondages est recouvert par 30 m de regolith et de sédiments déposés dans un paléochenal. La végétation de la zone est essentiellement constituée d’Eucalyptus atteignant 10 m de hauteur. Et fait notable, pour éviter toute contamination, il n’y a pas d’activité minière ni même d’affleurement minéralisé à proximité de la zone d’étude.

Un échantillonnage de sol, de litière, de branches, tiges et feuilles d’eucalyptus a été réalisé le long d’une traverse de 1,3 km centrée sur le gite aurifère. Seuls les eucalyptus situés à l’aplomb du gisement montrent des teneurs fortement anomales en or (4 à 80 ppb Au) comparées aux teneurs de fond qui se situent autour de 0.1 ppb Au. C’est dans les feuilles que se trouvent les plus fortes concentrations, sous la forme de particules de 8 microns visibles sur cartographie à la microsonde (X-ray Fluorescence Microprobe – Maia).

Le principal résultat de l’étude est donc la découverte de particules d’or dans des feuilles prélevées sur des eucalyptus dans leur milieu naturel. Ce transfert de l’or depuis le gite situé en profondeur vers la surface est rendu possible par l’existence d’un système racinaire qui peut atteindre les 40 m de profondeur et permet aux eucalyptus de résister aux épisodes de sècheresse.

L’étude présente ensuite une théorie assez séduisante afin d’expliquer l’enrichissement en or des calcrètes situées à l’aplomb de nombreux gisements masqués d’Australie. La calcrète est un horizon carbonaté superficiel très présent dans le regolith australien où il n’est pas forcément issu de l’altération de roches carbonatées. Dans le contexte du Yilgarn, la calcrète est un produit de l’évapotranspiration des arbres. La corrélation Au-Ca dans les calcrètes peuplées d’Eucalyptus serait liée au cycle précipitations – évapotranspiration lissé sur des milliers d’années.

Selon leur modèle, le cycle de l’or peut être résumé de la manière suivante : l’or est transféré de la saprolite vers l’arbre durant les épisodes de sécheresse, il précipite préférentiellement dans les feuilles, lorsque ces feuilles tombent et que la matière végétale en général se décompose, l’or est transféré dans le sol puis les horizons superficiels du regolith par dispersion mécanique et chimique, créant ainsi une discrète anomalie géochimique dans les calcrètes.

Lintern, M. et al. Natural gold particles in Eucalyptus leaves and their relevance to exploration for buried gold deposits. Nat. Commun. 4:2614 doi: 10.1038/ncomms3614 (2013)

Localisation du prospect Freddo par rapport a Kalgoorlie.

Localisation du prospect Freddo par rapport a Kalgoorlie.

En zoomant. Un isolement tout relatif, la mine la plus proche est située a moins d'un kilomètre.

En zoomant: un isolement tout relatif, la mine la plus proche est située a moins d’un kilomètre.

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Teneurs en or dans les feuilles d’Eucalyptus.

Freddo_soil Freddo_graph_soil

Teneurs en or dans le sol.

Cartes et graphiques créés à partir de Google Earth et Supplementary information (Nature).

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