Le gite à Pb-Zn-Ag-Cu de Mérétrice, Diahot, Nouvelle-Calédonie

Depuis la refonte de ce site, plusieurs internautes m’ont contacté pour demander ce qu’il était advenu de la section ‘Mines et minéraux de Nouvelle-Calédonie’.

L’absence du chapitre calédonien trouve en fait deux explications : le manque de temps pour faire la mise à jour complète du site et surtout le travail en cours pour mettre à jour les informations à l’aide d’observations et d’analyses.

L’aboutissement de ce travail est normalement prévu pour 2015.

En attendant voici l’article sur Mérétrice tel qu’il avait été publié sur le site en 2002, agrémenté de quelques photos supplémentaires.

La seule mine de plomb de Nouvelle-Calédonie est un gîte du district du Diahot qui se distingue des autres indices à cuivre par sa richesse en galène et blende. D’autres petits indices minéralises en plomb existent à proximité mais c’est le seul à avoir été exploite pour le plomb plutôt que le cuivre.

Situation

Le carreau de la mine est situé en rive gauche du Diahot, à environ 8,5 km au SW de Ouégoa. Depuis le pont de Ouégoa il faut prendre la piste qui suit la rive gauche du Diahot et mène à Arama. Peu après avoir franchi le creek Djavel prendre, face à une habitation, une petite piste à gauche qui mène à la mine.

Meretrice_Diahot

Historique

La découverte de ce gîte remonte à 1884, elle serait due à trois colons nommés Napoléon Lorre, Etienne Paulin et Henri Béranger qui s’associent à Louis Montagnat. Ce dernier fait le 3 novembre 1884, au nom de l’ Association pour la Mine Mérétrice, une demande de concession de 25 ha sous le nom de ‘Mérétrice’. Dans le même temps il demande une concession de 100 ha, englobant la Mérétrice, sous le nom de ‘Boiteuse’.

Après avoir pris possession de la mine Pilou, Higginson décide de s’installer durablement sur la rive gauche du Diahot et la découverte de la Mérétrice l’intéresse. Le 25 novembre 1884, les trois associés de Montagnat cèdent leurs droits à Higginson.

Pour débuter les travaux une partie du matériel de la mine Balade, désormais en sommeil, est transportée sur place. L’exploitation est opérée sous la supervision de Pelatan.

Le garde-mine Croisille se rend en mission dans le Diahot et sur la Mérétrice en 1886 pour apprécier l’état des travaux. Ils comprennent : une galerie inclinée suivant le filon n°1 en profondeur et en direction; deux galeries allant rejoindre en profondeur le filon n°2; un puits foncé sur le filon n°3. Déjà à cette époque, le directeur de la mine prévoit d’exploiter les filons à ciel ouvert en raison de la mauvaise tenue des terrains qui provoque l’éboulement des galeries. Le personnel travaillant sur place se compose d’un contremaître, 4 libérés et 56 condamnés sous la conduite de 2 surveillants militaires.

Le gîte est décrit à l’époque comme 3 filons ou lentilles de plomb argentifère parallèles dénommés Ethel, Pelatan et Brooks. La plus importante des lentilles mesure 65 mètres de long sur 4 mètres de large. Ces trois lentilles sont orientées NW-SE. Le minerai oxydé des 10 mètres superficiels est très pauvre en zinc, mais enrichi en plomb et argent.

Le 5 août 1886 Louis Montagnat cède tous ses droits à Higginson et Pelatan. En même temps Higginson et son gendre deviennent propriétaires chacun pour moitié de la concession la Boiteuse.

Le 22 septembre 1887 les mines Mérétrice et Boiteuse sont instituées mines de plomb argentifère au nom d’Higginson et Pelatan. Ce dernier vendra, à son tour, tous ses droits à Higginson le 5 mai 1890.

Après les premiers problèmes rencontrés par l’exploitation souterraine, les ‘filons’ sont donc avantageusement exploités à ciel ouvert dans la ‘carrière’. De 1887 et 1891, l’exploitation s’est concentrée sur la zone oxydée la plus riche du gisement fournissant 5 000 t de minerai à 30% Pb, 5% Zn et 300g/t Ag .

Croisille pressentait en 1886 l’écoulement du minerai de Mérétrice en Australie où il servirait au traitement de pyrites aurifères. Cependant comme le rapporte Glasser, le traitement du minerai est facile alors que le minerai brut est d’une valeur un peu trop faible pour supporter les frais de transport. Il sera donc traité sur place, à la fonderie de Pam, sur l’autre rive du Diahot. Cependant, le temps de mettre en opérations la fonderie, le minerai restera stocké un moment sur le carreau de la mine, puisque les premiers produits marchands ne sortiront de l’usine de Pam qu’en 1890.

La carrière va peu à peu s’agrandir pour atteindre une trentaine de mètres de profondeur. Mais au-delà de 10 mètres de minerai oxydé, elle va s’enfoncer dans les sulfures dont le teneur en plomb faiblie tandis que celle en zinc augmente. De nouveaux travaux souterrains sont entrepris.

Après la liquidation en 1891 de la Société des Mines du Nord, Higginson cède ses parts de la mine à l’International Mining Corporation Ltd. en 1896. Cette société est une filiale d’une importante banque londonienne : la London and Globe Finance. Celle-ci revend ses parts un an plus tard à l’International Coporation Ltd. gérée à nouveau par Higginson. Les travaux d’exploitation menés entre 1897 et 1898 permettent d’extraire 2 200 tonnes à 15-20% Pb et 25-30% Zn.

En 1900 la société est à nouveau liquidée et les droits miniers sont transférés à la Caledonian Mining Coporation Ltd. Cette société n’effectue aucuns travaux notables. Les droits sont rachetés aux enchères par Higginson le 29 août 1903.

Les héritiers d’Higginson cèdent leurs droits à Huet et Pognon le 27 mars 1924. Ceux-ci engagent quelques travaux entre 1925 et 1926 pour terminer le dépilage de la lentille principale.

Le 26 mars 1929 les droits sont transférés à la Société Minière du Diahot. La société prévoyait à l’origine la construction d’une usine de flottation à Tao pour séparer les sulfures de plomb et de zinc.

Sur le site, elle effectue un équipement souterrain de la mine. Une descenderie inclinée à 45° et longue de 75 mètres est ouverte en prolongement d’un des principaux puits. A partir de cette descenderie, la minéralisation est recoupée puis tracée vers l’Ouest et l’Est sur un niveau situé 14 mètres sous le fond de la carrière. Sur les 125 mètres de galerie, le minerai aurait été reconnu sur 65 mètres avec une puissance d’environ 0,80 m.

La crise mondiale arrivant, la SMD fait faillite en 1930. Entre 1925 et 1930 auront été extraites 8 000 t de minerai à 13,5% Pb et 28% Zn. Fin 1930, les réserves situées à l’amont-pendange sont estimées à 9 000 t, le même tonnage se trouve en aval-pendage. Les droits de la mine sont mis aux enchères en 1936 et remportés par Rampal prête-nom d’un ressortissant allemand Burkard. Avec la guerre la Mérétrice est donc mise sous séquestre.

En 1949, c’est à nouveau Pognon qui s’intéresse à Mérétrice où il reste 2 à 3 000 t de minerai qu’il compte ajouter aux 1 750 t qu’il avait extraites en 1927-28. Le service des Domaines, administrateur séquestre des avoirs allemands, avec l’avis du Service des Mines juge le prix de 200 F la tonne proposé par Pognon beaucoup trop faible. Seulement 1 750 t seront donc exportées vers une fonderie aux USA.

Dans les années 50, la mine devient propriété d’Henri Lafleur après une mise aux enchères décidée par les héritiers de Rampal. La France entreprend à cette époque une prospection des gîtes de Pb-Zn au Maroc, en A.E.F. et…en Nouvelle-Calédonie. Le service des Mines signale en 1952 la relative richesse des déblais qui permettrait de constituer un stock d’au moins 5 000 tonnes de minerai à faible teneur.

Concernant les réserves en roche, le gros du minerai connu étant déjà dépilé, la prospection consistera à rechercher des extensions latérales ou en profondeur du gîte. Les travaux de prospection sont entrepris par le BUMIFOM de 1956 à 1960. Puis entre 1969 et 1973 ce sont le B.R.G.M., la Banque de l’Indochine et la S.L.N. qui s’associent dans le Syndicat Nord-Calédonie pour prospecter le Diahot sans résultats probants.

Dans les années 80 l’Inventaire minier du Territoire permet de préciser la forme du gisement par prospection géologique, géochimique et géophysique. Seize sondages sont réalisés, et le minerai sulfuré subit des essais minéralurgiques. Le rapport final souligne la possibilité d’une exploitation à ciel ouvert.

Gîtologie

La minéralisation sulfurée est concordante dans la série, localisée dans une couche d’origine hydrothermale exhalative. Cette couche est encaissée dans une tranche lithostratigraphique de la formation de Pilou : les schistes noirs pyriteux et graphiteux, les tufs rhyolitiques et le niveau silico-carbonaté. Ces roches ont subi quatre phases de déformation qui confèrent à la couche des plissements. Ce sont ces plissements qui expliquent la disposition trompeuse de la minéralisation en trois filons parallèles décrite par les anciens.

La dernière phase, de style cassant est responsable de décrochements senestres de direction N40°E. La disparition des couches minéralisées de l’autre côté du décrochement pourrait s’expliquer par une composante verticale de la faille, et l’érosion du compartiment surélevé.

La minéralisation en surface reste limitée entre la terminaison ouest de la carrière et le chapeau de la découverte. Grâce aux sondages le gisement a été reconnu jusqu’à la profondeur de 53 m où la couche semble se pincer.

Le minerai sulfuré est composé de blende et galène en grains finement imbriqués. La maille de libération à atteindre pour séparer les deux sulfures et valoriser le minerai est de l’ordre de 40 µm. Dans le minerai sulfuré c’est le zinc qui est majoritaire (29,6 %) suivi du zinc (12,4%). Les teneurs en argent sont encore élevées (95 g/t) celles en or beaucoup plus faibles (0,1 à 0,6 g/t).

Le minerai du chapeau de fer et de la zone de cémentation (zone de battement de la nappe) est enrichi en plomb (25-30 %) et argent (300 à 400 g/t), les teneurs en zinc sont plus faibles (15-25 %) car celui-ci est lessivé dans la zone supergène. Le minerai oxydé est également enrichi en or (avec des teneurs allant de 0,5 à 3,7 g/t).

Un minerai zincifère plus pauvre est également connu dans les couches rouges qui sont encaissées dans la formation silico-carbonatée.

Au terme de son inventaire minier le BRGM a calculé des réserves possibles estimées à 25 à 30 000 t de minerai à 40% Zn+Pb (2/3 Zn et 1/3 Pb).

Minéralogie

Le gîte de Mérétrice avec la présence de plomb, zinc et cuivre et le développement d’un large chapeau de fer figure parmi les mines calédoniennes les plus riches en espèces minérales. Compte tenu de l’abondance de blocs minéralisés dans les déblais, nul doute que la liste des espèces va encore s’allonger. La présence d’arsénopyrite et de cuivres gris notamment laisse supposer la présence d’autres arséniates dans le chapeau de fer.

Galène

En tant que minerai de plomb, ce sulfure n’est pas très abondant dans les déblais. Il est finement associé à la blende et à la pyrite. Quelques gros blocs de sulfures sont encore visibles au fond de la carriere. Ailleurs, dans les restants de minerai oxydé, la galène constitue le noyau non altéré de blocs de cérusite sous la forme de masses au clivage cubique net. Aucun cristal libre n’a été rencontré jusqu’à présent.

Blende

C’est le sulfure le plus abondant. Il se présente en fins agrégats de grains brunâtres fragiles, ne présentant pas de faces cristallines nettes.

Pyrite

Abondante dans la zone hypogène, non affleurante, elle est rare de nos jours. Se présente souvent en fins cristaux groupés en pyritosphères.

Arsénopyrite

Ce fut un des premiers sulfures à se former. Associé à la pyrite il est difficile à reconnaître.

Chalcopyrite

Relativement rare à Mérétrice, associée à la blende.

Covellite

Ce minéral se forme dans la zone de cémentation il donne croûtes de teinte violacée à la surface de la chalcopyrite.

Tétraédrite

Ce cuivre gris a été rencontré en inclusions dans la galène. Briggs rapporte la présence de tétraédrite massive dans la partie inférieure de la lentille principale.

Argentite

En inclusion dans la galène.

Parmi les autres sulfures signalés à Mérétrice, on peut citer chalcocite, enargite et köstérite. La plupart ne sont reconnaissables que sur sections polies au microscope métallographique.

Argent natif

Signalé lors de l’exploitation par Croisille et Glasser, l’argent natif a été également décrit par Lacroix, à la surface des cristaux de cérusite en une mousse formée par de délicates fibrilles. De nos jours il est assez rare dans les déblais, correspondant exactement à la description qu’en a fait Lacroix : en arborescence de cristaux recouvrant la cérusite.

 Meretrice_argent

Soufre

Assez fréquent en petit cristaux globuleux jaune citron à proximité immédiate de la galène corrodée.

Cassitérite

Cet oxyde d’étain, typique des gisements volcano-sédimentaires, se trouve en inclusions dans la blende.

Cuprite

Rare, rencontrée dans quelques échantillons du chapeau de la découverte avec de la malachite en cristaux octaédriques recouverts de goethite.

Goethite

Très abondante dans le chapeau de fer, associée à la limonite elle forme la gangue des cristaux de cérusite.

Cérusite

Ce carbonate fut le principal minerai de plomb. Il est omniprésent sur les tas de minerai oxydé laissés sur le carreau de la mine.

Lacroix rapporte dans sa Minéralogie de la France et de ses colonies (1893-95) la richesse des affleurements de Mérétrice en magnifiques minéraux cristallisés, dont la cérusite qu’il décrit en détails.

Il distingue deux types :

- En cristaux blanc laiteux atteignant 1 cm, implantés sur de la galène ; elle constitue parfois des masses finement cristallisées épigénisant la galène.

- Dans la limonite, en enchevêtrements de cristaux formant des masses spongieuses de plusieurs kilogrammes.

C’est sous cette deuxième forme que l’on trouve le plus fréquemment la cérusite dans les déblais. Les géodes sont petites mais très abondantes avec des cristaux souvent maclés. Lorsque la chalcopyrite accompagnait la galène on note dans les blocs d’oxydé la présence de cristaux de cérusite verts, couleur due à la présence d’une fine pellicule de cristaux de malachite ou de brochantite.

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Cérusite maclée et zonée (champ de 5mm)

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Cérusite réticulée (champ de 15mm).

Smithsonite

Ce carbonate est abondant dans les couches rouges. On le rencontre en cristaux rhomboédriques aux faces arrondies à l’allure de grains de riz.de couleur blanchâtre ou grisâtre.

Hydrozincite

Toujours associé à la smithsonite, l’hydrozincite est un minéral pulvérulent de couleur blanc jaunâtre.

Malachite

Alors que le minerai de Mérétrice est réputé pauvre en cuivre, la malachite est abondante dans le chapeau de la découverte. Elle forme de magnifiques gerbes de cristaux aciculaires atteignant 1 cm de long et couvrant de larges surfaces.

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Malachite sur goethite (champ de 10 mm)

Azurite

Assez rare, en fines peintures dans les fractures parcourant l’affleurement du chapeau de la découverte.

Aurichalcite

Signalée par Lacroix. L’aurichalcite semble pseudomorphoser certains cristaux de malachite trouvés dans le chapeau de la découverte.

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Malachite partiellement pseudomorphosée en aurichalcite (champ de 18mm).

Calcite

Elle constitue une partie de la gangue dans la formation silico-carbonatée mais ne donne pas de bons cristaux.

Barytine

Assez rare en cristaux prismatiques associés à la cérusite.

Gypse

Il se forme par altération des sulfures au contact des schistes. En efflorescences dans les zones humides des galeries.

Anglésite

Fréquente, l’anglésite est parfois difficile à distinguer de la cérusite qu’elle accompagne souvent. Elle n’est pas maclé comme les cristaux de cérusite et se présente en cristaux prismatiques terminés en biseau.

Meretrice_anglesite

Anglesite (champ 4mm).

Brochantite

En petits cristaux verts formant des fines croûtes dans les fissures de la goethite massive parsemée de reliques de chalcopyrite.

Linarite

En fin cristaux allongés associés à la cérusite et recouvrant parfois les cristaux d’une fine pellicule bleue. Ce sulfate de cuivre et plomb est également associé à l’hémimorphite.

Calédonite

Etymologiquement calédonite vient de l’ancien nom de l’Ecosse où ce minéral a été décrit pour la première fois… Donc à l’origine la calédonite n’a rien à voir avec l’archipel du Pacifique Sud, cependant elle y est signalée par Ungemach (1912). Le gîte dont il parle pourrait bien être celui de Mérétrice.

Hémimorphite

En fine lattes rectangulaires translucides ou blanchâtres groupées en oursins ou éventails. Souvent associée aux minéraux secondaires de cuivre et aux sulfates.

Meretrice_hemimorphite

Hémimorphite (champ de 3mm).

Pyromorphite

Signalée par Lacroix, en cristaux prismatiques hexagonaux de couleur vert jaunâtre.

Olivénite

Cet arséniate a été rencontré seulement sur quelques échantillons en très petits cristaux.

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